C’est une véritable épée de Damoclès qui pèse sur les taux des crédits. En raison de conditions de refinancement de plus en plus tendues, les banques pourraient être amenées à augmenter progressivement le coût de leur financement autant aux particuliers qu’aux professionnels. En effet, ces établissements peinent à collecter suffisamment de ressources pour faire face à leurs besoins à court terme afin de financer l’économie. Les dépôts bancaires auront quasiment stagné l’année passée alors qu’il y a encore 5 ans ils affichaient une progression à deux chiffres. Certes, la progression de l’encours des crédits a également baissé. Aux dernières estimations, son évolution au cours de l’année 2011 s’établit aux alentours des 10% et l’on est loin des 30% de l’année 2008 par exemple. Mais il reste que le gap entre progression des ressources et celles des emplois est considérable. A cela s’ajoute le fait que la baisse de 11,2% sur l’année écoulée des réserves en devises (-11,2%) détenues par les banques en propre ou auprès de Bank Al-Maghrib (BAM), tout comme la hausse de 9,3% en 2011 du volume de pièces et billets de banque en circulation (hors du circuit bancaire), ait été un facteur aggravant.
On pourrait croire qu’une moindre sollicitation des ressources des banques ferait qu’une remontée des taux créditeurs ne se justifierait pas. Seulement, sur les dernières années, le secteur bancaire s’est empêtré dans une situation très compliquée provoquée par des problèmes de trésorerie. Ceux-ci se reflètent, d’une part, par un besoin net de liquidité du système bancaire qui a pointé à 38 milliards de DH à fin 2011 contre 4,2 milliards de DH une année auparavant, et, d’autre part, par un coefficient d’emploi (crédits à l’économie rapportés aux ressources clientèle) qui dépasse les 106% actuellement.
Mais, concrètement, quel effet tout cela a-t-il eu sur les crédits aux professionnels et aux particuliers ? Quels sont les taux pratiqués actuellement pour ces financements et comment ont-ils évolué ?
Crédit immobilier : faible hausse, mais conditions plus strictes
Pour les crédits immobiliers accordés aux particuliers d’abord, les taux se situent aujourd’hui dans une fourchette de 5,5% HT (valable pour les crédits à taux variable) à 6,5% (constaté sur les formules fixes). A priori, il en ressort que les minimums de taux se sont relativement appréciés par rapport à la période faste dont a bénéficié le secteur de l’immobilier en 2006-2007 qui a connu un minimum de 5,07%.
Mais pas tant que cela, à y voir de plus près, car il y a 4 ans les banques bénéficiaient de conditions de liquidités bien plus favorables qui profitaient de manière mécanique aux taux plancher des crédits immobiliers. En fait, en 4 ans, en dépit des conditions de refinancement de plus en plus tendues, les banques n’auront opéré qu’une seule augmentation officieusement concertée au niveau du Groupement professionnel des banques (GPBM), fin 2009, de quelques points de base, pour consolider leurs marges bénéficiaires sur les financements de crédits immobiliers. Mais, depuis, les taux des crédits immobiliers se sont stabilisés, et les enquêtes trimestrielles de BAM laissent même apparaître une légère baisse intervenue courant 2011.
Cela dit, en comparaison avec les années porteuses du marché de l’immobilier, les conditions de financement sont devenues bien plus strictes. En effet, aujourd’hui, chez tous les établissements de la place, les durées de crédits ne dépassent pas 25 ans et les quotités de financement atteignent exceptionnellement les 105% de la valeur du bien (les 5% en plus couvrant l’assurance-vie ou les frais d’acquisition). Autrement dit, on est bien loin des formules de crédits qui couraient sur 40 ans pour les jeunes actifs avec des financements atteignant 125% du prix du bien, proposées au plus haut de l’immobilier.
Mais dans l’ensemble, il demeure que les banques pratiquent une politique volontaire en termes de conditions de financement pour les crédits à l’habitat, et cela se comprend. «Avec le ralentissement des transactions sur le marché de l’immobilier, le volume de dossiers à financer s’amenuise, ce qui accroît d’autant plus la concurrence entre les banques pour proposer les financements les plus avantageux et drainer de la clientèle», éclaire un professionnel. Ce qui porte à croire que les banques devraient plutôt maintenir à moyen terme un statu quo sur les taux des crédits immobiliers ou du moins qu’elles devraient s’abstenir d’augmenter le coût de ces financements en vue d’accroître leur marge. En revanche, elles seraient contraintes de répercuter des augmentations de taux si les taux plancher venaient à croître sensiblement. Et c’est précisément ce qui se profile pour les crédits à taux variable. Selon les analystes du CIH, ceux-ci pourraient monter à 7, voire à 8% sur les années à venir, en raison de la nouvelle indexation des crédits à taux variable sur le taux du marché interbancaire, au lieu des bons du trésor à long terme, entrée en vigueur en 2010. Mais cette donnée semble déjà avoir été intégrée par les emprunteurs, à savoir que plus de 80% des crédits à l’habitat consistent aujourd’hui en formules à taux fixe.
source : la vie éco