Immobilier à Marrakech : «Hormis le luxe, le marché revient à la normale»

Entretien avec Adel Bouhaja, président de l’Association des promoteurs immobiliers de Marrakech

adel bouhaja

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Le marché de l’immobilier à Marrakech continue de souffrir des contre-coups de la crise. Les promoteurs opérant dans le luxe, qui a enregistré une correction des prix, commencent à adapter leurs offres aux nationaux, vu que les Européens ont reporté leurs projets d’acquisition d’une résidence secondaire au Royaume, contexte économique défavorable oblige. Plusieurs projets sociaux ont été autorisés, mais des problèmes persistent. Détails.


Le Matin : Peut-on parler de reprise du marché de l’immobilier à Marrakech?

Adel Bouhaja : L’immobilier touristique à Marrakech dépend de la conjoncture économique internationale, tous les projets qui rencontrent des difficultés dans la commercialisation étaient destinés au départ aux Européens toutes classes socioéconomiques confondues. Maintenant que l’Europe n’est pas encore sortie de la crise, les promoteurs immobiliers, qui ont ce type de produits, ont commencé à orienter et adapter leurs projets aux Marocains.
En revanche, les produits qui sont destinés dès le départ aux Marrakchis et aux nationaux, ont connu une correction des prix, ce qui était derrière la relance. Maintenant, la commercialisation se fait d’une façon ordinaire et le marché revient à la normale. Il faut oublier les 3 années de folie (ndlr 2005, 2006, 2007).


Qu’en est-il des prix ? Et quels sont les produits qui subissent une baisse ?

Comme je vous ai déjà dit, les prix ont connu une correction, surtout pour les produits qui ont connu des augmentations non justifiées et pour lesquels le rapport prix/qualité n’est pas déterminant. Actuellement, les prix se sont stabilisés, et le marché immobilier Marrakchi a repris son activité normale et il répond au besoin local qui nous demande de produire 10.000 nouveaux logements par an et de résorber un déficit qui dépasse 20.000 logements.


Le ministère de l’Habitat a proposé un contrat-programme aux promoteurs immobiliers. Où en sont les discussions ?

Nous avons constitué une commission mixte pour préparer tous les points qui ont été évoqués dans les dernières réunions que nous avons tenues. Pour le moment, c’est en cours de discussion.


Où en est le chantier des logements à 250.000 DH l’unité à Marrakech ? Quels sont les problèmes liés à l’urbanisme rencontrés par les promoteurs locaux ?

A l’instar de toutes les villes du Royaume, beaucoup de promoteurs immobiliers de la région de Marrakech ont signé la convention du logement à 250.000 DH et se sont engagés à participer à ce grand chantier royal. Toutefois, peu de promoteurs ont été autorisés et cela est dû à plusieurs facteurs, dont le plus important est l’absence de Plan d’aménagement à Marrakech. Nous sommes pénalisés par ce phénomène. Pis encore, nous n’avons pas de visibilité, vu que seules les autorisations ad-hoc font foi. D’ailleurs, nous savons tous comment les choses se déroulent en l’absence de ce document urbanistique. Nous souhaitons et nous demandons d’urgence aux autorités concernées d’intervenir rapidement et de mettre en place un document urbanistique couvrant toute la grande ville de Marrakech. Et pour cause, seul un document validé et concerté par tous les intervenants peut constituer une référence pour tous les promoteurs et pour l’administration, sinon ça va être une catastrophe pour la ville et ses habitants.


La FNPI souhaite se réunir avec le GPBM. Est-ce qu’elle a reçu une réponse de la part de ce groupement ?

Nous avons demandé une audience avec le Groupement professionnel des banques du Maroc afin de discuter des problèmes de financement des anciens et des nouveaux projets de la promotion immobilière, surtout ceux liés aux programmes sociaux à 250 000 DH, mais malheureusement nous n’avons pas reçu de réponse. Nous souhaitons cette rencontre afin de relancer ensemble ce secteur.


Comment expliquez-vous la situation actuelle des crédits destinés à la promotion immobilière ?

Les banques jouent un rôle très important dans la promotion immobilière. Nous ne pouvons imaginer un projet immobilier sans l’intervention de la banque en amont et en aval. D’ailleurs, tout les Marocains se rappellent les années 2005, 2006, 2007 où toutes les banques communiquaient sur leurs produits destinés à la promotion immobilière. Malheureusement, ces établissements ont arrêté subitement ces offres, sans donner des explications valables aux opérateurs immobiliers. Nous sommes des partenaires, il fallait ouvrir un débat entre professionnels et trouver des solutions gagnant-gagnant au lieu que les banques nous laissent souffrir seuls.


Quelles sont les prévisions du secteur de l’immobilier pour 2011 ?

Les prévisions du secteur de l’immobilier pour 2011 sont très bonnes, la plupart des projets conventionnés vont démarrer en 2011. 2010 était l’année de la préparation du cahier de charges, des études et des autorisations. Toutefois, il faudra résoudre d’importantes problématiques qui persistent. Ainsi, il faudra mettre en place tous les plans d’aménagement et schémas directeurs dans toutes les villes du Royaume, assouplir les procédures d’instruction des dossiers et simplifier les lois qui gèrent l’urbanisme, accompagner tous ces nouveaux projets par tous les équipements nécessaires pour créer un véritable espace de vie et enfin accompagner les promoteurs et les acquéreurs au niveau financement et baisser le taux d’intérêt de 2 points. Croyez-moi, seule la résolution de ces 4 grandes problématiques peut redynamiser le secteur.



Par recueillis par Nadia DREF | LE MATIN

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